8 mars

Interview de Roland Giraud

Une pièce sur la corruption et les dessous du monde politique, cela a dû vous sembler très actuel ?
On ne s’est pas rendu compte tout de suite que ça tombait pendant la campagne. Mais la pièce parle effectivement de tout ce qui nous ennuie dans la vie et nous fait rire au théâtre. « Politique », cela veut dire « organisation de la société » ; il y en a qui veulent réellement organiser la société et d’autres qui veulent plutôt s’organiser dans la société.

Vous pourriez envisager d’apporter publiquement votre soutien à un candidat ?
Pas trop. J’ai le respect du public qui représente toutes les opinions confondues ; je ne conçois pas de lui dire, alors qu’il me fait l’amitié de se déplacer, de payer pour me voir et de m’être fidèle, de voter pour l’un ou l’autre. Il m’est arrivé de dire que j’ai de la sympathie pour quelqu’un. Mais quand je n’en ai pas, je ne dis rien.

Est-ce que vous avez ri à cette pièce dès la première lecture ?
Au théâtre ou au cinéma, je suis un spectateur lambda qui s’endort très souvent ;à la lecture d’un scénario ou d’un manuscrit, il m’arrive de penser dès la cinquième page : « Pas la peine, c’est fichu ».Là, je me suis dit : « Je peux jouer dedans ». C’est une des rares pièces où, le soir, sur chaque scène, parfois sur chaque réplique, on pourrait faire cinq minutes de plus. Enfin…, si l’on est un acteur peu sérieux, parce qu’il faut quand même respecter l’histoire que ça raconte. C’est une pièce sur le malentendu et le mensonge, sur des personnages odieux et infréquentables.Feydeau disait qu’il n’irait jamais dîner avec ses personnages !Le mien est quand même rattrapé par l’amour qu’il porte à sa fille et à la femme qu’il a quittée cinq ans plus tôt pour ne pas la compromettre. Mais il fait tout de façon illégale. Le public adore se demander comment il va se sortir de tous ses mensonges. ll adore aussi que je perde tout le temps ma moustache de faux plombier espagnol (parce que je transpire comme un bœuf !);j’en joue, mais pas trop, parce que si, depuis le début, le public est au courant de mon double jeu, les autres personnages non.

C’est une gageure pour un comédien de jouer un personnage qui joue lui-même un personnage ? Soit deux rôles en même temps ?
Ah si je pouvais en faire quatre ! C’est ce qui m’a intéressé, tout en sachant que j’aurais des difficultés à me changer très rapidement : au début, j’arrive comme un bibendum, avec un costume sous la salopette. Dans le public, on doit penser « Oh, Giraud a grossi » ! Et puis, j’aime aussi les accents. Quand j’ai débuté le cinéma, le hasard a voulu que je commence avec des accents : un film de Michel Audiard où je jouais un Espagnol, puis « Papy fait de la résistance » où je faisais un général allemand, et même « Le Provincial » qui se tournait dans le Sud-Ouest ; mais là, aucun problème, parce que je suis de Mautauban.Est-ce que l’humour peut être un outil de thérapie ?
C’est une arme extraordinaire. Sa plus belle définition est celle d’Alphonse Allais : « L’humour, c’est la politesse du désespoir ». L’esprit aussi, mais c’est plus facile, alors que l’humour est orienté vers soi-même, moins agressif. Ce que je n’aime pas trop, c’est la caleçonnade. C’est comme la vulgarité : quand on ne rit plus, c’est vulgaire ; tant que l’on rit, ce n’est que grossier.

Les représentations d’une telle pièce sont-elles pour vous comme des esparenthèses de bonheur ?
Oui, le travail est la plus grande distraction.J’aime beaucoup le théâtre et je ne pourrais pas m’en passer,alors que le cinéma ou la télé, si. Mais la sanction directe du public, sa fidélité… J’adore mouiller ma chemise pour les gens qui viennent. Malheureusement, c’est très fatigant de jouer à 120 à l’heure tous les soirs. C’est une pièce très physique, j’ai très chaud (c’est pour cela que ce théâtre, je l’appelle la Mi-chaudière !) et j’ai perdu 13 kg en un mois et demi. On ne me donne que des trucs physiques à jouer ; que va-t-il se passer quand j’aurai moins de concurrents de mon âge ?!

Vous avez fait vos preuves dans le registre comique. Pourquoi vous n’abordez jamais des rôles plus dramatiques ?
Parce qu’on ne me le propose pas du tout. Les Français, qui sont très cartésiens, cataloguent les acteurs ; le public va voir un comédien pour ce qu’il sait faire. Si je joue un rôle dramatique, on dira « Oui, c’est intéressant… ». A mes débuts, j’ai joué du théâtre classique, du Molière aussi, mais dans des rôles secondaires, ce que j’aime bien : les jeunes premiers classiques ne me branchent pas ; ils sont bien jolis mais n’ont pas grand chose à raconter.

Vous n’avez donc pas fait le Conservatoire ?
Mais non, moi, je voulais être chanteur. Tout est une erreur depuis le début ! J’étais choriste au Châtelet, et puis j’ai joué tout de suite comme comédien. Quand Drucker m’a invité dans son émission du dimanche après-midi, j’ai demandé la présence de Cecilia Bartoli. Il m’a répondu : « A condition que tu chantes quelque chose avec elle ! ». Pendant un mois et demi, j’ai répété comme un vrai chanteur d’opéra un morceau un peu pointu techniquement. C’était la première fois que Cecilia Bartoli chantait avec un simple comédien ! A la suite de ça on m’a proposé des comédies musicales, des opérettes… Mais ça ne m’intéresse pas, à mois qu’elles ne soient montées par de vrais metteurs en scène de théâtre.

Pourquoi ne pas mettre en scène vous-même ?
Etre acteur me suffit, et puis, je serai un tyran. Un acteur arriverait en retard, il serait viré. Nous faisons un métier tellement difficile, et c’est un tel miracle de s’en sortir (et je pense faire partie des miraculés), qu’il faut le faire sérieusement. Dans le boulot, je suis très sérieux, ce qui ne m’empêche pas de déconner tout le temps. Je suis comme ça, psychorigide.

Votre dernière apparition au cinéma date de 2003, « Dix-huit ans après », la suite de « Trois hommes et un couffin ». Est-ce un choix ?
Non, c’est que l’on me propose moins de films. Mais ça ne me dérange pas. Le théâtre, l’Opéra, les variétés…, ça, ce sont de vrais métiers. Le cinéma (attendre toute une journée, ne pas tourner les scènes dans l’ordre…), c’est intéressant, mais en complément. Cela dit, je viens de tourner « Pas de panique » pour France 2, avec Frédéric Diefenthal dont le personnage est atteint d’hygépiaphobie, la peur des responsabilités. Un très joli film. Puis une comédie, « Mes chers parents » avec Fanny Cottençon, pour la 6. Quand le sujet me plait, j’accepte, mais il y a trop de pièces prétentieuses et de films avec des états d’âme.

8 mars

Interview de Laurent Deutsch

Vous rêviez d’être footballeur professionnel et c’est en tant que comédien que le public vous acclame. Comment passe-t-on du foot à la comédie ?
Je n’avais que le côté illusionniste du footballeur, celui qui tombe facilement et qui provoque des penalties dans la surface.
J’étais déjà comédien sans le savoir. Je n’avais pas la carrure d’être footballeur. 2004 est une année riche en succès :cinéma, théâtre, télévision… Tout vous réussi. Croyez-vous au destin ?
Oui. Il y a toujours une part de chance dans les rencontres que l’on fait. Etre là au bon moment, et rencontrer la bonne personne, celle qui vous fera avancer dans la vie, c’est de la chance puisque c’est quelque chose que l’on ne peut pas décider.
Je crois au destin. Il nous fait bouger, avoir des aventures.Les rencontres avec les autres nous font progresser.

Quelle rencontre a été importante pour vous ?
Celle avec Djamel Bensalah.. Il y a entre nous une extraordinaire complicité. On s’entend comme larrons en foire. Il m’a permis de prendre confiance en moi, d’oser faire des choses.

Parlons théâtre. Amadeus est un triomphe. Le duo Lorant Deusch/Jean Piat fonctionne à merveille. D’ailleurs le public ne s’y est pas trompé. Comment est née cette aventure ?
On parlait de l’importance des rencontres, Amadeus est encore une fois le fruit de l’une d’elles. Stéphane Hillel, le metteur en scène a toujours pensé à moi pour cette pièce. Il me l’a proposée et cela m’a permis de jouer au théâtre une pièce extraordinaire avec Jean Piat. C’est impressionnant de jouer avec quelqu’un comme lui. Vous voyez,la vie est faite de bonnes surprises…

J’ai lu dans une interview que votre rêve le plus fou serait de trouver la femme de votre vie et fonder un foyer. Vous êtes attaché à l’idée de la famille ?
Oui. Dans notre métier, il faut constamment changer d’époque, de costume, de rôle, de pays. Avoir un foyer stable, un couple fort, des enfants, tout ce qui nous rappelle la famille, oui, c’est quelque chose dont j’ai besoin.
Mes parents comptent beaucoup pour moi. Tout ce que je suis aujourd’hui, je le dois à mon père. J’adore lire la fierté dans ses yeux lorsqu’il me regarde. Ca me rend éperdument heureux.
Vous aviez besoin d’une pause théâtre ?
Non, c’est impossible. Je ne peux pas jouer tous les soirs au théâtre et tourner la journée, c’est trop dur d’un point de vue physique. Je ne suis pas assez fort pour assurer un tel rythme. J’ai repoussé tous mes projets à une date ultérieure, y compris celui de jouer dans un film historique. Nous serons vraisemblablement en tournée dans toute la France à la rentrée prochaine. Alors, j’ai encore un peu de temps. Et puis, je me sens très bien dans cette pièce.
8 mars

Interview de Jean-Marie Bigard

Qui est à l’origine de votre rôle dans cette pièce ?

C’est Alain Sachs, le metteur en scène. En octobre dernier, il me propose le rôle. Je dis non, bien sûr ! Mais il me fait faire une lecture de la pièce avec des amis. On s’aperçoit que c’est drôle, c’est-à-dire que, dans ma bouche, le texte « déchantait » naturellement (NDLR. Dit sans déclamation artificielle). Il fallait une réponse. Il y avait une mise en scène importante derrière avec tout de même 80 costumes à faire !… J’ai réfléchi pendant 15 jours et j’ai dit oui. J’avais envie de me retrouver sur scène avec beaucoup de comédiens et de partager avec eux les angoisses et les bonheurs parce que, d’habitude, je suis tout le temps seul. Franchement, je voyais cela comme une très jolie récréation qui n’allait pas me coûter énormément d’énergie…
Comment passe-t-on du « one man show » à la comédie-ballet la plus célèbre de Molière ?
Je me suis mis au service de la troupe et je cherche à être toujours dans la situation sans profiter de quoi que ce soit.Alors que, justement, je suis habitué à tenir, seul, 5 000 personnes chaque soir.Je m’en tiens au texte et je sers mes camarades. Mais je n’avais pas mesuré que jouer le Bourgeois Gentilhomme, c’est une performance plus difficile que le Stade de France où, là, j’étais dans ma spécialité ! En acceptant, je n’avais pas pris en compte la somme de travail que cela me demanderait… Dix semaines de répétitions, un texte réputé « inapprenable » par les comédiens. On dit que, pour mémoriser les compliments à la marquise, il faut huit jours ! Cela a été un travail colossal de mise en place parce qu’il y a 21 personnes sur scène. Il y a aussi le trac. Pendant les dix premiers jours, avant de rentrer en scène, j’étais comme une vache menée à l’abattoir, les jambes écartées pour ne pas monter dans le camion.
Aujourd’hui, je suis plutôt « le poulain qui piaffe d’impatience ! »
Mais la récompense est à la hauteur avec le bonheur de jouer avec mes camarades, avec les appréciations de la presse – nous avons eu un tsunami d’articles dithyrambiques – et avec la salle comble tous les soirs.
Qu’est-ce qui vous a le plus marqué dans ce travail théâtral ?
La gestuelle prend une place très grande dans votre interprétation et dans celle de la troupe.
« Il n’y a rien de plus juste. Cela est véritable » comme dirait Monsieur Jourdain ! Vous avez parfaitement raison car la parole ne représente que 20 % du sentiment que vous envoyez. Le reste est envoyé par la position du corps, l’intonation de la voix, le volume, la position des yeux. Moi, je m’en amuse dans mes « one man show ». Par exemple, si jamais je dispute une dame au premier rang, tout mon corps, le timbre de ma voix, mes yeux font qu’elle n’en prend pas ombrage car ils expriment énormément de gentillesse.
On sent que vous prenez un très grand plaisir à jouer dans la langue de Molière…
Les intonations sont modernes et il faut arriver à faire « déchanter » : « je vous prie tous les deux de ne vous point en aller qu’on ne m’ait apporté mon habit afin que vous me puissiez voir ». Je parle comme ça dans la vie maintenant et j’ai perdu la moitié de mes amis !!! Je voulais faire un beau bourgeois, un peu original, puisque cela se passe dans un magasin de sports. Et cela attire.
Les jeunes viennent voir cette pièce qui leur semble moins rébarbative que lorsqu’elle est jouée façon 17ème. On a réussi parce qu’on reçoit des appréciations de deux sortes. Certains nous reprochent de « bricoler le texte de Molière » – alors qu’on le respecte à la lettre -. Pour nous, c’est un compliment ! Et d’autres nous félicitent sur le fait « d’enfin tout comprendre » du texte de Molière.Quel bourgeois gentilhomme avez-vous voulu montrer ?
Monsieur Jourdain devient fou à la fin de la pièce et c’est assez cauchemardesque. Mais nous avons voulu en faire un gentil niais. Il ne fallait pas qu’il devienne pathétique. Il fallait que cela reste une comédie, que la pièce reste distrayante jusqu’à la fin, comme l’a voulu Molière.
Qu’est-ce que le bourgeois gentilhomme a à dire à l’homme du XXIe siècle ?
A son époque comme à la nôtre, rien n’a pas changé. Molière fait la description d’une catégorie de personnes qui veulent obtenir une carte supplémentaire.Je suis un exemple vivant du mec, pété de thunes, qui n’a plus rien à prouver en matière de « one man show », de nombre de spectateurs, de capital sympathie… Mais je désire cette carte de comédien. Donc, par définition, je suis un bourgeois gentilhomme de 2006… qu’en plus, j’ai choisi de jouer ! A la différence près que lui se contente de vouloir acheter des compétences intellectuelles ou spirituelles, ce qui n’est pas mon cas. Mais le 19 janvier 2006, le soir de la première, j’ai eu le sentiment qu’on me remettait ma carte de comédien.Votre public habituel a dû se précipiter …
Pas tellement. Les gens qui viennent à mes « one man show » ne viennent pas au théâtre. Il y a beaucoup de gens qui viennent voir Jean Marie Bigard se faire coincer… Ce qui est amusant, c’est que les amateurs de théâtre qui ne me connaissaient pas disent maintenant vouloir venir à mes « one man show » !…

Vous préparez un prochain spectacle…
Dans ce show « mon Psy va mieux » qui commencera en septembre, je vais aller encore plus loin, dire des choses encore plus profondes, encore plus intimes et je vais faire une thérapie de groupe de mille personnes tous les soirs !

8 mars

Interview de Michel Leeb

À quand remonte votre vocation d’artiste ?
J’ai toujours eu la vocation d’artiste, déjà tout gamin. J’étais toujours premier en récitation, j’avais ça dans le sang. En pension, j’imitais les profs, les pions, et à la maison j’imitais les voisins, les commerçants…
Pourquoi ce professorat de philosophie ?
La philo a-t-elle eu un rôle sur votre carrière ?
J’étais et je suis encore passionné par les questions métaphysiques relatives à l’humain : du classique, quoi….

On n’a jamais de réponses et la vie est sans arrêt faite de questions.
L’essentiel est de se poser les bonnes questions ! L’homme est obsédé par ces réponses qu’il cherche. Je voulais jouer des spectacles comiques et je souhaitais faire rire tout en posant des questions…

Des questions sur le « pourquoi du comment » : j’ai mis dix ans pour être connu, et ça s’est passé du jour au lendemain, grâce à Guy Lux et à la
télévision.

Et aujourd’hui, est-ce que ça se passerait de la même manière ?
Non, ça a changé, c’est la société Kleenex. On vous encense et on vous jette. Vous êtes connu très vite, mais vous disparaissez aussi très vite. Pour faire aujourd’hui une carrière de trente, quarante ans, il faut être exceptionnel…

Comment vous situez-vous en tant qu’artiste ?
Je revendique l’idée d’être un homme de spectacle, pas un comique. Ce que j’ai en moi, je le donne au public, je fais des cadeaux. Sans prétention, j’offre des cadeaux, et je suis déçu si les spectateurs ne les ouvrent pas… Je ne suis qu’un humoriste…
Mon but d’artiste, c’est de donner, d’échanger, d’être heureux avec le public.
La joie est un mot essentiel à mon vocabulaire.
J’aime cette idée de rassembler les gens autour du rire.

Vous serez au Casino de Paris en novembre avec un nouveau spectacle : qu’est-ce qui vous a donné envie de revenir au one-man-show ?
Me remettre en danger ! Je vais faire râler, mais le théâtre, c’est facile, c’est comme un revers le long de la ligne… Dans le one-man-show, on est seul, souvent avec sa création ou en partie, on n’a pas le droit à l’erreur.
J’adore partager avec le public, jouer avec lui. Je vais chercher les gens dans la salle et j’écris une histoire sur scène avec eux. Ça va être un spectacle très interactif.
Il y aura des sketches, du swing, un trio de musiciens fabuleux, et plein d’autres surprises : le spectacle de ma vie d’artiste, quoi ! Deux heures sans entracte, pendant sept semaines, puis une tournée jusqu’en juin 2007, et après, certainement, une reprise…Et le cinéma ? Vous n’avez pas envie de vous créer un grand rôle ?
Pas le temps ! Il faut deux ans entre l’écriture, la préparation et la réalisation. C’est encore pire que le reste. Il faut s’enfermer si on veut écrire… Sinon, j’aimerais jouer Cyrano.
Avec Douze hommes en colère, j’ai déjà eu ce grand rôle dont vous parlez.
Vous savez, j’ai une chance extraordinaire : je peux jouer ce que je veux !

Comité d’entreprise, qu’est ce que cela évoque pour vous ?
Des gens qui sortent ensemble, qui viennent au spectacle en bande. C’est porteur dans une salle d’avoir des groupes de gens, ça met de l’ambiance, ça peut porter un spectacle. C’est utile d’avoir des comités d’entreprise dans les entreprises, sur le plan social et sur le plan culturel : ça crée du lien !

5 mars

Interview Manu Payet