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Interview de Christelle CHOLLET par Marc DELOMEZ – Ca C’est Paris
Jeudi 11 mars 2010Interview Stéphane FREISS par Marc DELOMEZ, Ca C’est Paris !
Mercredi 10 mars 2010
On savait que les costumes d’époque lui allaient à ravir ; mais le débraillé de l’homme sentimental qui paresse au lit avec son amoureuse sied tout autant à Stéphane Freiss. Dans « Comédie romantique », une pièce de Gérard Sibleyras mise en scène par Christophe Lidon, il incarne le trop heureux Léon qui s’emberlificote dans ses mensonges. Avec la complicité de Marc Delomez, créateur de « Ça, c’est Paris » et organisateur de soirées parisiennes clé en main pour les collectivités, Média CE a interviewé Stéphane Freiss, homme pressé, volubile et généreux, avant son entrée en scène au Théâtre du Montparnasse.
Le titre de la pièce « Comédie romantique » ne laisse pas supposer que l’on s’amusera autant…
C’est vrai que l’on pense d’abord qu’il s’agit d’une bluette… Mais non, ça commence par un énorme coup de cœur, disons même un coup de sexe entre deux personnages qui se rencontrent dans une gare. Elle est habilleuse au théâtre, mon personnage est informaticien, ils se retrouvent de ville en ville et d’hôtel en hôtel, au fil de sa tournée théâtrale. Cette vie en autarcie, protégée du monde, est tellement excitante qu’à un moment donné cela procure de l’inquiétude à mon personnage qui… s’invente une femme. Et quelle femme ! Et de petits en grands mensonges, il va creuser le piège dans lequel il s’enferre.
Comme si l’évidence de l’amour n’était pas supportable ?
Disons qu’il faut complexifier l’évidence ; c’est le principe de la comédie.Celle-ci arrive au moment où tout va bien et où pour des raisons absurdes et inexplicables les personnages se tendentà eux-mêmes les pièges dans lesquels ils vont tomber. Le public sait très bien qu’il y aura un happy end, mais oùse cache le suspense et jusqu’où va-t-il nous mener ?
Faut-il beaucoup de concentration pour jouer auprès de la ravissante Elodie Navarre ? Avec laquelle vous avez quand même quelques scènes assez déshabillées…
Comment dire ça ?… Nous sommes au théâtre et la nudité est quelque chose que nous avons intégré dans notre travail d’acteur, même si dans ce type de pièce plutôt classique, c’est rare que les corps se dévoilent. En revanche, ce que je n’ai pas senti immédiatement à la lecture de la pièce, c’est l’énergie qu’elle réclame. C’est monstrueux ; les partis pris de mise en scène sont tels qu’ils sont parfois difficiles à suivre pour les comédiens : il nous faut sortir de scène, nous changer à la vitesse de la lumière (c’est Arturo Brachetti en coulisses !), puis revenir sur scène dans un autre état ou un autre sentiment. Tout cela crée une sacrée tension…
Vo
us avez une actualité chaude, carrément brûlante. On vient de vous voir notamment dans « Camus », un téléfilm, le premier réalisé sur l’écrivain… Comment incarne-t-on un tel humaniste ?
Il fallait que je trouve un moyen rapide, efficace et sincère pour effacer nos différences, pour que celles qui demeureraient entre nous ne soient pas un élément de blocage pour le spectateur. J’ai estompé nos différences physiques, mais restaient nos différences culturelles : Camus était un homme du sud, moi, je suis originaire d’Europe centrale. La lecture de son œuvre (qui n’est pas rébarbative mais jubilatoire !) m’a aidé parce Camus est dans tous ses personnages. A force de me « parler », cet homme m’a tiré vers cette sorte de séduction intelligente qui est la sienne et qui n’était pas la mienne. Non pas que je sois idiot !, mais cet homme de mots et de pouvoir avait besoin d’amour et de sexe comme exutoire à ses histoires dans lesquelles il étouffait. On a mal compris ses trahisons, notamment à l’égard de sa femme, mais il allait chercher chez les femmes son oxygène et une partie de son écriture aussi. Je l’ai écouté parler dans les rares documents qu’il y a sur lui, je lui ai volé quelques détails ; il aimait Bogart, par exemple… Avant ça, j’avais fait « Beauté fatale », l’histoire d’un homme qui veut tuer sa femme et tombe dans une dépression furieuse. Comme je ne fais rien à moitié, tout cela m’a fatigué. Voilà pourquoi j’ai eu à un moment donné besoin de quelque chose de plus léger comme « Une Comédie romantique »…
Et vous allez donc devenir un personnage de série avec « La loi selon Bartoli », soit quatre téléfilms d’une heure trente par an…
Je pense pouvoir dire que « La loi selon Bartoli », dont le premier épisode sera diffusé le 25 mars sur TF1, sera le grand virage de ma carrière d’acteur. Si on m’avait dit qu’un jour je serai un personnage de série ! Pour moi, tourner dans une série, c’était tuer à petit feu le désir que les gens pouvaient avoir de vous : ils n’ont plus besoin d’aller vous voir au théâtre ou au cinéma puisque vous revenez sans cesse vers eux. Mais j’adore ce Bartoli ! Ne croyez pas que c’est de la complaisance, mais j’ai passé tellement de temps sur cette histoire avec l’auteur, Hervé Korian (avec lequel j’ai fait « Le papillon noir ») ! Comme moi, il pense qu’un bon film ce n’est pas « une bonne histoire, une bonne histoire et une bonne histoire », comme disait Gabin, mais « des personnages, des personnages, des personnages » ! Ce Bartoli est fou, drôle, atypique ; c’est un mélange de Docteur House et de Colombo, qui n’a pas que le cynisme du premier ou le côté énigmatico-roublard du second. C’est un juge d’instruction qui transgresse systématiquement la loi pour la servir. Il vole, triche, ment, resquille dans les transports en commun et dit « m… » au procureur. Mais il fait ça pour la vérité, et quand elle éclate il s’excuse.
C’est important pour vous d’être assimilé, au bon sens du terme, à un personnage en particulier ?
Je dirais plutôt que c’est important pour moi d’être identifiable populairement. J’ai fait près de 100 films et beaucoup de théâtre, on me connaît, mais je n’ai pas encore trouvé une place exacte dans le cœur populaire des gens. On me dit « On vous a vu dans les « Ch’tis » ; certes, mais pour quel impact ? Après « Les Ch’tis », on ne m’a pas forcément proposé de comédies au cinéma. Alors voilà l’occasion de partager quelque chose avec les gens qui ont de l’estime pour moi.
Vous avez pourtant une carrière très équilibrée entre cinéma, télévision et théâtre…
Là, le théâtre, j’en ai un peu soupé. Il faut être honnête : il y a des arts qui sont plus gratifiants que le théâtre ! C’est ingrat, dur et mal payé. Je sais que personne ne le dit jamais mais jene suis pas sûr que le bonheur qu’on y prend soit toujours récompensé à sa juste valeur. Je trouve injuste, paradoxal et inacceptable que l’on donne autant aux acteurs de cinéma et aussi peu aux comédiens de théâtre. En ce moment, je fais la promotion de la pièce tout le temps, je n’ai plus de vie, je ne vois plus mes enfants…
Est-ce que pourtant vous ne devez pas au théâtre le début de votre carrière ?
J’ai fait un cours d’art dramatique, j’ai eu le bol d’entrer au Conservatoire, puis celui d’entrer à la Comédie française, puis j’ai eu l’intelligence d’en sortir. Mais je n’étais pas fait pour ces institutions, j’étais immature. Je suis devenu jeune très tard en fait ; c’est-à-dire que la sève, le désir, la curiosité, je les ai gagnés tard parce qu’il a fallu que je passe par une phase de ormation. Mais le métier n’a pas été ingrat, parce que j’ai toujours gagné de quoi vivre alors que d’autres, de ma génération, ont été franchement oubliés. Il faut de la patience dans ce métier : j’ai reçu un César à 29 ans(1), mais pendant trois ans ensuite je ne gagnais même pas le smic. Je savais que je devais passer par une reconversion, arrêter le cinéma que l’on me proposait et revenir au théâtre, pour me restructurer et grandir tout simplement. Et là, Stéphan Meldegg me propose « C’était bien » de James Saunders avec lequel je décroche un Molière(2). Et me revoilà dans le circuit. Il faut vraiment reconnaître le mérite des gens qui vous « sentent ».
(1) César du Meilleur espoir masculin pour « Chouans » (1989).
(2) Molière de la Révélation théâtrale masculine de l’année (1992)

Interview Manu Payet
Vendredi 5 mars 2010


