Archive pour la catégorie ‘Interviews’

Interview de Stéphane Rousseau

Mercredi 10 mars 2010
SCE : Vous jouerez de janvier à fin février 2007. Y aura-t-il ensuite une tournée en province ou une éventuelle prolongation à Paris ? Pas de prolongation, car après je fais un film avec Alexandra Lamy, une comédie romantique. Il y aura une tournée de 40 dates en province. J’aime les tournées en province. Parfois, quand vous jouez dans des petites salles, c’est un véritable retour aux sources, c’est une saine remise en cause. Et pour le public, c’est intéressant d’être encore plus proche de l’artiste, d’être vraiment dans le spectacle. Pour moi, c’est un exercice indispensable…

SCE : Vous avez commencé à 13 ans par les cabarets québécois. Vous n’aimiez pas les études ? Et d’où vous vient cette carrière ?

J’ai continué mes études, mais ma véritable école a été le cabaret. C’est là que j’ai eu la chance de faire la première partie de Roméo Perusse, le Bigard de l’époque, qui m’avait repéré lors d’un concours et qui m’a fait ce magnifique cadeau pendant 3 ans… Ma mère venait de décéder… J’ai beaucoup appris de ce grand monsieur…

En fait, j’ai eu la chance d’avoir un « mix » de culture. Chez nous, on avait deux univers. Au premier, la télé en français, et au rez-de-chaussée, où vivait ma grand-mère, c’était la télé américaine, où j’ai découvert Dean Martin et Frank Sinatra… On me pose souvent la question : « Pourquoi n’avez-vous pas travaillé aux États-Unis ? » J’aime la France, la bonne bouffe, les copains, la culture, les musées… Les Américains, il ne faut pas leur enlever l’efficacité, la rigueur.

Ce qu’on règle en un coup de fil aux US, on le règle ici en trois repas… C’est aussi ça que j’aime !

SCE : Vous avez été un brillant animateur de radio, puis vous avez ensuite enchaîné les récompenses et les records de vente tant en CD qu’en vidéo. Rappelez-nous vos chiffres d’entrées ?

300 000 pour le premier spectacle… Mais je ne savais pas ce que ça représentait, car je voulais faire plus ! J’ai eu la chance d’être connu rapidement grâce à la radio, et puis tout s’est enchaîné avec les festivals « Juste pour rire » à Montréal.

Parlez-nous de vos fameux duos avec Franck Dubosq , qui vous ont révélé aussi au public français. Quelle est exactement la nature de votre complicité avec Franck ?

On s’adore ! On est sur le même registre, mais avec des codes différents. On avait cinq jours avant l’enregistrement. Je l’ai emmené dans ma maison au bord d’un grand lac, on a bu une bonne bouteille, et en trois jours on avait écrit la présentation du spectacle… On est heureux d’être ensemble, et surtout on est en confiance.

SCE : Vous allez tourner cet été Astérix et les Jeux Olympiques, dans le rôle d’Alafolix. Racontez nous cette aventure. Lors de l’anniversaire de Laurent Gerra, un ami de Thomas Langmann m’a félicité, et je tombais des nues… Ce n’est que le lendemain que Thomas m’a appelé pour me confier le rôle d’Alafolix. J’ai regardé le scénario toute la nuit sans l’ouvrir. Je dégustais cette nouvelle et je n’ai pas éte déçu. 65 jours de tournage, et me retrouver à côté de Gérard Depardieu et d’Alain Delon, j’en ai encore des frissons ! J’ai beaucoup pensé à mes parents, j’aurais voulu qu’ils me voient…

SCE : Vous avez déclaré : « Le rire est un remède contre la morosité ». C’est un style de phrase qu’on retrouve souvent dans la bouche des acteurs comiques. Vous pouvez nous en dire plus sur ce qui vous fait rire ?

La société est remplie de problèmes, notre vie personnelle est pleine de dysfonctionnements, la vie n’est donc pas facile, et ce n’est pas évident de s’en sortir… Ça doit être horrible de ne pas avoir d’humour. La vie s’amuse avec nous, alors il faut s’amuser avec elle ! Je ne déconne pas spécialement dans la vie de tous les jours, mais j’aime m’amuser.

Les enfants me font beaucoup rire. Les fous aussi, ceux qui bousculent les conventions… Les gens comme Depardieu qui se lâchent et qui déboulent comme des chiens dans des jeux de quilles. J’aimerais avoir son audace, c’est génial !
J’adore aussi les gens intelligents qui se font passer pour des cons, car il y a tellement de cons qui veulent passer pour des mecs intelligents !

SCE : Vous êtes aussi dessinateur. Le dessin, c’est pour souffler ou c’est aussi un besoin artistique? Et que faites-vous de vos œuvres ?

Je dessine dès que j’ai un moment, c’est vital. J’ai un atelier au-dessus du garage, face au lac. C’est l’endroit où j’oublie tout, y compris qui je suis. C’est une partie de moi qui me surprend, que je ne connais pas, c’est un bonheur.

Mon oncle dessinait à Los Angeles pour Disney, et c’est lui qui m’a donné l’envie tout petit. Je me suis inspiré de la BD, mais ce que je dessine est à l’envers de la scène, c’est noir. Je fais aussi beaucoup de photos et je pense en faire un livre prochainement. On pourrait dire que j’ai des gros besoins artistiques. En fait, j’aime créer !

SCE : Les CE sont une spécificité bien française. Y a-t-il dans votre pays des organismes qui regroupent les salariés pour les défendre ? Et quelles sont les différences entre les spectateurs français et canadiens ? Chez nous, il n’y a que les syndicats. Il y a des ventes de billets à des tarifs de gros, mais pas de sorties organisées par les salariés.
Aussi bien en France qu’au Canada, les rires sont aux mêmes endroits, mais le public français est plus attentif à la finesse, aux jeux de mots… Au Québec, ils veulent des chutes, vite. En France on peut prendre son temps, faire des silences et jouer avec. L’avantage avec les Québécois, c’est qu’ils sont plus bruyants !

Interview de John Malkovich

Mardi 9 mars 2010

En bon autodidacte, vous avez touché à tous les métiers, et même créé une troupe au début de votre carrière. Est-ce bien une femme dont vous étiez amoureux qui vous a amené au théâtre ?
Pour la femme, c’est vrai, j’assistais aux répétitions de son spectacle. Je n’imagine pas avoir été acteur sans cette rencontre, sans laquelle j’aurais continué mes études de théâtre, mais j’aurais été plutôt professeur…
- Je suis autodidacte, mais j’ai aussi eu des profs qui m’ont touché. Comme en cuisine, je suis incapable de suivre la recette, donc j’improvise toujours. Je n’ai jamais été un grand étudiant.

Comment définiriez-vous le métier de comédien ?
C’est difficile, car je connais des acteurs de tous les pays. Impossible de donner une définition. Il faut être capable de jouer et rester quelque part un enfant, ouvert, accessible et capable d’exprimer les émotions rapidement.

Y a-t-il une méthode Malkovich pour diriger les acteurs ?
Comme dans le football, les entraîneurs ne marquent pas, ce sont les joueurs. J’ai plus confiance en Zidane et Henry qu’en leur coach pour marquer un but, vous comprenez ? Il faut mettre les joueurs à l’aise, confiants dans leur jeu. Les acteurs savent se poser sur scène comme les joueurs sur le terrain. Ils savent comment jouer, alors il me reste parfois à distribuer quelques « cartons » : plutôt des remarques pour corriger une action… Mais attention : le théâtre est éphémère, la création est différente chaque soir, alors que le cinéma a un côté définitif. Une fois le film monté, il reste… le film ! Cristiana (Reali) et Vincent (Elbaz), je les regarde comme des chevaux de course, je ne dis rien, c’est chaque fois différent. Je leur donne juste des conseils, je suggère des retouches. Là aussi, il faut être modeste, car il n’y a pas de manière unique de faire. Iln’y a pas qu’un seul chemin à suivre pour arriver à faire quelque chose qui touche les gens, qui les oblige à penser.

Good Canary est une formule du langage newyorkais : quel est son sens ?
Autrefois, les canaris étaient utilisés dans les mines comme des testeurs en cas d’émanation de gaz. C’est comme un voyant. Et puis, il y a un autre sens : le canari chante, vit et meurt dans sa cage.

Pourquoi avoir mis en scène cette pièce ?
C’est Lucy Liu, actrice chinoise de Kill Bill, qui me l’a fait lire en anglais. Après une traduction pas facile pour restituer les vraies émotions, j’ai senti qu’il était possible de la monter. J’avais dirigé Vincent dans Hystéria (pièce à succès), et j’ai un vrai plaisir à le voir sur scène. Cristiana est une grande professionnelle, c’est une actrice expérimentée. Elle a beaucoup de formation et elle sait exactement ce qu’est le théâtre. Et tous les autres acteurs sont bons.

Qu’est-ce qui vous a attiré en France ? Et à Paris, qu’aimez-vous faire ?
La façon de vivre, la beauté du pays, mes amis, me balader, même si parfois, avec les téléphones qui sont devenus des appareils photos, on me « viole » ! Ils ont ma peau, mais ils n’ont pas John Malkovich… Alors aujourd’hui, je réagis et je prends aussi les gens en photo. Ils sont gênés à leur tour. Je ne vais pas avoir assez de mémoire dans mon téléphone pour toutes ces photos ! (il rit)
Quand je suis venu m’installer ici, c’était le temps de commencer une autre vie. Ce n’était pas une fuite mais c’était le moment de vivre autre chose. Je pense qu’il y a une partie de moi qui préfère être en exil.
Je suis à Paris pour le boulot. Je ne suis pas attiré par les grandes villes, je préfère la campagne. Et je suis aussi ma femme, qui est actuellement attirée par l’Asie.

Votre but en tant qu’artiste ? Quel est votre rêve ?
Je rends compte, exclusivement. Je témoigne de ce qui s’est passé. Je pense aux dessins dans les grottes de Lascaux, et à ces premiers êtres humains qui ont rendu compte de ce qui se passait. Voilà mon rôle.

Je veux continuer à apprendre, à grandir et à faire grandir mes enfants en leur faisant partager mon éducation d’autodidacte. Je veux surtout la santé pour ma famille. Je veux enfin que les gens, et moi, nous devenions plus capables de penser avec notre esprit, un esprit indépendant.

Interview de Marc Delomez

Mardi 9 mars 2010
« Tu prendras bien du champagne ? ». Ca, c’est tout Marc. Vous venez lui parler boulot, interview, chiffres, curriculum vitae. Lui vous répond bulles. Rien de plus normal puisqu’il a un caractère pétillant et l’éclat de rire qui va avec. Sans compter sa gestuelle ample, digne d’un comédien, et sa bonne humeur trop grande pour ne pas être partagée. On lui prête une tendance certaine à la fantaisie « à laquelle tous ceux qui m’ont connu ont accordé la même tolérance », concède Marc Delomez qui n’a pourtant pas grand-chose à se reprocher si ce n’est d’avoir fait mourir de rire quelques bons milliers de salariés embarqués par leur CE dans une mémorable découverte des spectacles comiques parisiens.
Spécialiste de l’organisation de sorties sur Paris, interlocuteur privilégié des élus, ce prestataire pas comme les autres prend Hemingway au pied de la lettre : pour ses clients, il fait de Paris une fête. Il a inscrit à son catalogue des croisières de nuit sur la Seine, des descentes chez les chansonniers de Montmartre, des visites guidées dans le ventre de Paris… Et de grands moments de convivialité.
A moins que ce ne soit son extravagance (très mesurée) d’oiseau du soir qu’il faille lui pardonner ? Cinquante ans et des poussières, cheveux mi-longs, sempiternelles lunettes de soleil reconverties en serre-tête. En ce jour de mi-avril ensoleillé, il porte une chemise à gros pois noirs presque seventies sous un costume clair. Pas de cravate. Comme si cet homme-là travaillait en sifflotant là où d’autres triment sans joie. Il faut dire qu’il a su prendre son destin dans sa poigne de velours et trouvé le métier qui lui va comme un gant. Quand, à l’adolescence, son père le somme de choisir une profession et lui tend un « guide des métiers », il sélectionne « Maître d’hôtel », job improbable dont seuls les personnages dans les films des années 50 semblent endosser la livrée bicolore. « Voilà qui me rapprochait de la scène… », dit cet amateur de fables et de théâtre contemporain réaliste. Lui qui a vécu dans le Nord de la France et fréquenté un collège de curés, où l’éducation se faisait à la dure, le doigt sur la couture de la culotte courte, débarque un jour en plein parc d’attractions… pardon, à l’Ecole Hôtelière de Bruxelles, campus de rêve « où l’on se réveillait avec l’odeur des viennoiseries préparées par les élèves pâtissiers ». S’il fréquente le club-théâtre aussi souvent que les amphis, il fait aussi le mur avec une assiduité vite pardonnée.
Diplôme en poche, et passé le cap du service militaire, où son grand fait d’armes sera d’avoir chanté des chansons antimilitaristes à la fille du colonel, il fréquente à Paris le cours de théâtre de René Simon. Trois ans de formation aux côtés de Jean-Pierre Bacri, Cyrielle Claire, Charlotte de Turckheim, François Cluzet… « Ce qui m’épatait c’était sa voix, et sa capacité à jouer tous les rôles, se souvient Patrick Gobert, directeur du Toit Citoyen (1) et son ancien condisciple sur les bancs de cette fameuse école ». Mais Marc Delomez tombe de haut : « Il y avait un gouffre entre ce que je croyais savoir du métier et la réalité de la vie professionnelle.
Bacri a galéré dix ans avant d’émerger.
Moi, je n’ai même pas voulu galérer six mois ». Retour à la case hôtellerie et aux cachets de « loufiat », à passer les plats dans des soirées grand teint. Jusqu’à ce qu’un copain l’appelle et lui propose la direction du « Puy des Dames », restaurant très couru à midi mais déserté le soir. Un vrai défi : comment faire le plein de clients ? Il contacte les agences de voyages spécialisées et leur propose d’établir sur-mesure le menu que souhaite chaque catégorie de clients. Un premier test est effectué auprès de Japonais, cuisinés sur leurs goûts culinaires, et qui se voient offrir feuilleté de poireaux au beurre blanc et rôti de boeuf aux champignons.
Succès en salle. On devra à Marc Delomez le premier car de touristes à s’engager vaille que vaille dans la rue de la Montagne Sainte-Geneviève, à une époque où les groupes pâtissent encore d’une mauvaise réputation auprès des restaurateurs. Mais c’est sur cette idée forte que Marc Delomez rebondit pour créer en 1988 les « Tables de France » : le voilà prescripteur de restaurants pour les agences de voyages, mais aussi les autocaristes, les tours opérateurs, et enfin les comités d’entreprises, milieu qu’il découvre avec bonheur, séduit par la volonté des élus de créer du lien social entre les salariés.
Et puis un beau jour, son fax crépite et crache sur papier blanc la tête de Gérard Jugnot.
Le comique joue alors « Espèce menacée » au Théâtre de la Michodière, un énorme succès.
« Et j’ai eu cette idée brillante de proposer aux élus d’amener leurs collègues au théâtre, puis au restaurant, puis sur la Seine pour une croisière by night. C’est-àdire trois temps forts à vivre tous ensemble ». En une nuit, il envoie 300 télécopies à des CE. La proposition a tant de succès que, pendant plusieurs mois, il remplira la Michodière grâce à ses clients. « J’ai surtout envoyé au théâtre des gens qui n’y étaient jamais allés ! ». « Ca, C’est Paris », intitulé joyeux comme un bouchon de champagne qui saute, est lancé. Son catalogue s’est depuis enrichi de visites de musées, de balades guidées, de découvertes insolites, de soirées cabaret ou comédie musicale, et d’attractions diverses. « On a même contribué au succès des Catacombes et des nocturnes de l’hippodrome de Vincennes ».
Aujourd’hui, il brasse plus de 3000 clients ; soit 70 000 salariés qui avec lui découvrent chaque année un autre Paris.
Désormais consacré au CE en quête d’une soirée clé en main, il voit et revoit les spectacles programmés.
Repérant dès le printemps ce que qui fera vibrer les groupes à Noël. Il renifle le succès.
Anticipe les flops. A force de creuser depuis vingt ans le même petit territoire, il construit des amitiés fidèles avec les comédiens et les administrateurs de théâtre. Du côté des élus, on est catégorique : il ne se trompe pas. « Nous faisons avec lui deux sorties annuelles d’une journée, explique Jacques Lesoille, élu du CE Mauser de Beaumont sur Oise. Ses guides sont intarissables sur le Paris insolite. Au théâtre, on est toujours très bien placé, et pour des tarifs concurrentiels, ce que je n’obtiendrais jamais si je montais moi-même ce genre de sortie ».
« Je suis heureux qu’il participe à la démocratisation et à la diffusion de la culture, ajoute Patrick Gobert. C’est un grand angoissé mais son énorme générosité le pousse toujours à associer les autres à ce qu’il accomplit. J’aurais adoré travailler avec lui ». Sur les salons dédiés aux CE, son stand haut en couleurs est immédiatement repérable à sa colonne Morris en cartonpâte ; pour la circonstance, il s’acoquine régulièrement avec Tag l’Explorateur, un comédien de rue qu’il a croisé à Saint- Germain-des-Prés et qui s’est accessoirisé d’un casque colonial et d’une tapette à mouches : Tag l’Explorateur est affecté au service « prises de contact avec l’élu en goguette » ; un (petit) coup de tapette sur l’épaule et l’heureux élu est conduit tout en douceur (« Vous aimez Paris ? Vous avez prévu des sorties ? ») vers les commerciaux de Ca, C’est Paris. Pendant des années, Marc Delomez a pris le temps de se rendre chaque soir dans les restaurants où il casait ses « invités », histoire de relever les indicateurs d’enthousiasme ou d’insatisfaction. Les élus, qui connaissaient le bonhomme, l’attendaient comme une guest-star.
Capable de dérider les plus coriaces, il peut donner du « Camarade ! » à un élu qui s’annonce « Elu CGT, celui qui ne rigole jamais ! ». Quelques CE, abusés par sa décontraction, l’ont pris longtemps pour l’un des commerciaux de la boîte. Patron, lui ? « Ce n’est pas avec ma fonction que je vais voir les élus, c’est avec mon coeur. La fonction empêche la communication » explique Marc qui s’anime soudain aux mots de « considération », « respect », « individu ».
Orchestrée, chronométrée, une soirée signée « Ca, C’est Paris » doit ainsi se dérouler sans fauxpli, de la poire au fromage, de l’apéritif au salut final. Gare à ceux qui gâchent la sortie de ses protégés : une ouvreuse désagréable, un restaurateur qui oublie de servir le café… Même le petit train de Montmartre, arrivé avec un peu de retard, en prendra pour son grade. « Je fais sortir les gens pour qu’ils soient heureux, j’en ai la responsabilité. Je ne peux pas être trahi par mes fournisseurs ». Et s’il faut réparer, il sort le champagne, offre la coupette du réconfort. Sa meilleure récompense ? Les sourires qui fendent les visages d’une oreille à l’autre.
Après le tomber de rideau, il n’est pas rare de voir les comédiens que le groupe vient d’applaudir monter dans le car pour un petit salut personnalisé. Cela fait longtemps que Marthe Mercadier, reine incontestée de la bonne comédie, participe à ces retrouvailles d’après-spectacle : « Marc est un cocktail étonnant de grande compétence et d’humilité. Il est d’un soutien précieux en ces temps de désaffection du théâtre privé ».
L’homme qui chaque lundi réveille son staff par un remueméninges bien senti sur la vie et le monde tel qu’il va, se passionne pour la philosophie. Là où tout chef d’entreprise taquinerait le club de golf, lui travaille des exercices d’étirement avec son coach, un ancien danseur de l’Opéra de Paris. Et s’il a gardé sa verve d’ex-futur comédien, il a toujours pour les acteurs les yeux de Chimène, admiratif de « ceux qui ont réussi à faire ce qu’(il) n’a finalement pas accompli ». Pour les besoins de la rubrique « A l’affiche », Média CE a souvent suivi Marc Delomez dans ses rencontres avec les comédiens. Dans le décor tout velours et dorures d’un théâtre à l’italienne, il est à l’aise comme à la terrasse d’un café ; et pendant que le journaliste s’agrippe à son angle d’attaque et à son magnétophone, lui s’échappe avec l’invité dans une conversation de vieux potes : bon public, il sait poser, en amateur passionné, la question toute simple qui fait advenir la confidence.
Ses bureaux ont désormais une nouvelle adresse : rue Francoeur, dans le 18ème arrondissement.
Près des anciens studios Pathé reconvertis en école de cinéma (la Fémis), à 100 mètres du petit Théâtre du Funambule et à quelques volées de marches montmartroises du mini cabaret Le Lapin Agile. Versant nord de la Butte : le triangle d’or du spectacle de poche et du charme parisien.
Marc Delomez envisage d’offrir régulièrement les murs de ses bureaux en open space aux peintres et aux photographes et de coloniser la cour intérieure pour organiser de grands vernissages où se croiseront ses amis.
Dans les cartons, un projet d’émission (diffusée à la télé ou sur internet) qui réunirait, à la façon d’un salon du XVIIIème siècle, tout ce que Paris compte de têtes pensantes et créatives. « Un moment de bien-vivre dans un lieu esthétique », assure Marc Delomez. « Alors, j’en serai », affirme Marthe Mercadier, l’indéfectible copine.
(1) Toit de la Grande Arche

Interview de Jean Roucas

Lundi 8 mars 2010

SCE : Racontez-nous vos débuts ?
C’était il y a 32 ans, rue Mouffetard, chez Félix. Avant, dès 18 ans, j’avais eu la chance de faire le tour du monde avec les croisières Paquet, au clavier et au chant, pendant 2 ans.
À mon retour à Marseille, avec un petit pécule et un bon moral, j’ai eu envie de tenter l’aventure parisienne et j’ai donc débarqué Chez Félix dans une formule de piano bar, où je racontais des blagues entre deux morceaux. En 1977, je passais au Don Camilo, entre Thierry Le Luron et Serge Lama, vous vous rendez compte ? Vingt minutes sur scène, mais surtout pas d’imitations, car il y avait un maître (Thierry) ! Aujourd’hui, je rends au Don Camilo ce qu’il m’a donné.

SCE :  Ma femme est parfaite, c’est un peu votre vie (il a écrit avec sa femme, en 2005, Jamais l’un sans l’autre ) en ce qui concerne le titre, car pour ce qui est de l’histoire, ce n’est pas vous (4 épouses) ! Qu’est-ce qui vous a plu dans cette pièce ?
- C’est d’abord Jean Barbier, qui est venu au Don Camilo, cet auteur à succès de toute une série (Ma femme est folle, Ma femme est sortie) de la même veine. C’est un vaudeville futuriste, et vous verrez qui est vraiment cette femme parfaite ! Ça va être une grande surprise. Et puis jouer ce rôle m’a plu : je suis un peu à l’opposé du personnage, je suis trop gentil !

SCE : Comment sont vos partenaires dans cette comédie ?
- J’ai la chance d’avoir des comparses qui ont l’habitude du théâtre, et c’est un régal de jouer avec Julie Arnold et Vannick Le Poulain . D’ailleurs, ils sont tous bien dans la pièce !

SCE : À part ce genre de comédie, qu’est-ce que vous auriez envie de jouer ?
- Un rôle à contre-emploi : c’est mon rêve ! Je considère que rires et pleurs sont très proches. J’aimerais jouer le répertoire de Fernandel, qui est pour moi, Marseillais, le plus grand. Au-dessus de la Canebière, quand j’étais petit, il y avait la rue des cinémas, et on y jouait les films de Pagnol comme Le Schpountz, un de mes préférés, et la fameuse trilogie, qui passait en permanence. Fernandel en faisait des tonnes, mais ça passait, comme pour De Funès. Ce n’est pas évident, vous savez, d’en faire des tonnes et d’avoir du succès…

SCE : Votre « femme parfaite » à vous… A-t-elle été votre principal allié ?
- Ma femme m’a aidé à remonter la pente. Elle m’a donné le courage et l’envie. Elle n’est pas mon premier supporter, mais c’est mon coach.

SCE : Avez-vous le sentiment de vraiment faire un métier de comédien par rapport au cabaret (rôle d’amuseur), même si on connaît votre attachement à ce genre de lieu, où on vous voit refaire des gammes avec un public parfois difficile, qui ne s’enflamme que pour les anciens sketches ? N’est-ce pas trop dur ?
Non, la réaction du public est normale. Sur scène, on ne fait pas ce que l’on veut, alors qu’au cabaret on peut faire bouger les lignes, on peut sortir de temps en temps du spectacle : au contraire, c’est ce qui rapproche des spectateurs…SCE : Vous sentez-vous proche des CE ? Ça vous évoque des choses, de penser aux CE, à Marseille, dans le quartier du Roucas Blanc ?
J’ai fait beaucoup de galas dans les CE, et je leur dois mes débuts. Ce sont des gens qui aiment rigoler. Ils aiment organiser des sorties en groupe, des soirées spéciales. Je les attends pour cette pièce. Qu’ils viennent découvrir ma femme parfaite. Ils ne vont pas être déçus !

Interview de Michel Aumont

Lundi 8 mars 2010

Vous jouez actuellement A la porte au théâtre de l’Oeuvre, mais vous répétez aussi en même temps Puzzle de Woody Allen…
Je ne voudrais pas parler à la place de Woody Allen, mais on peut penser qu’il décrit un milieu de petits bourgeois juifs à New York, probablement inspirés, de façon transposée, de ses parents. Comment raconter ça? C’est compliqué parce qu’il y a un entremêlement d’intrigues sentimentales. Le drame commence là: ce couple d’horlogers-bijoutiers, qui a connu une belle situation avant de se retrouver ruiné par des associés malhonnêtes, a une fille qui a fichu le camp pour fuir ce milieu et ses contraintes morales, et un fils moins libertaire mais qui a envie d’aller voir ailleurs. Il y a aussi un frère devenu un grand ponte à Hollywood qui a de l’argent et fréquente les vedettes de cinéma. Or, le fils a envie de rejoindre ce type, qui est donc son oncle… si vous avez suivi… VOUS N’AVEZ PAS SUIVI! (en agitant un doigt faussement menaçant).

C’est du Woody Allen: peut-on s’attendre à du rire ou à des larmes?
Ça, c’est plus intéressant. Ne faisons pas peur aux gens, mais il ne faut pas s’attendre à se poiler pendant deux heures. C’est entre la comédie et le drame,sans recherches d’effets dans les dialogues comme on a l’habitude d’en trouver chez lui. Pas de mots drôles ou de trouvailles verbales. S’il y a des occasions de sourire, et j’espère qu’il y en aura, elles viendront des situations et des caractères un peu excessifs.

Qu’est-ce qui vous a touché dans le personnage que vous allez incarner?
C’est un type paumé, un perdant qui se bagarre: son fils fiche le camp, sa femme, ma foi, il est marié depuis longtemps, ça marche moins bien, d’autant plus qu’il a été amoureux d’une autre femme et qu’il est resté sur le souvenir de cette aventure qui a été un moment d’éblouissement sentimental et sexuel. Pour sa femme, même chose: elle rêvait d’être actrice, mais elle est restée popote. Elle fait du chou farci ! Non, l’originalité de la pièce est dans sa construction surprenante, un peu comme dans un film, avec des retours en arrière, des séquences de rêve, une intrigue sinueuse…

Un puzzle, en somme…
Ah! vous voyez que vous suivez… J’ai pour partenaire Geneviève Fontanel avec qui j’ai joué… heu… une pièce de Jean-Claude Grimberg, Adam et Eve, où nous étions à la fin tous les deux à poil sur scène. Ça fait un souvenir! Nu intégral… On l’a créée à la Criée de Marseille puis repris àChaillot. Nous avions nos corps de 60 ans mais c’était une scène magnifique, très émou- vante, parce que justement ces corps étaient fatigués. C’était très beau; pas nous, mais la situation. Et je retrouve Geneviève dans Puzzle où elle NE SE DÉSHABILLERA PAS. Il y aura aussi Gérard Lartigau avec qui j’ai souvent joué, dont une pièce d’Arthur Miller, Le désarroi de Mr Peters, qui n’a pas marché mais où l’on se trouvait très bien. Il faut reconnaître que le public ne s’est pas précipité pour nous acclamer mais IL A EU TORT.

Jean-Pierre Cassel devait participer à la pièce…
Oui, il devait faire le grand ponte de Hollywood, et l’on a été très triste quand il a disparu parce que c’était magnifiquement le personnage. Mais Gérard Lartigau va relever le gant!

Et vous avez récemment fait l’actualité avec…
Mon molière(1) ! Le quatrième. Puisqu’on fait des molières, vous m’en mettrez quatre! C’était pour À la porte, un texte magnifique; on est gâté, et porté comme par une vague avec un texte pareil. 1h35 de texte, un vrai «tunnel». Pour me mettre ça dans le coco, ça m’a pris six mois. Quatre, cinq, six lignes chaque matin, j’ai rabâché bravement jusqu’à ce que ça rentre. Mais lors des premières représentations, j’ai eu peur…

Il n’y a plus de souffleur?
J’ai demandé une souffleuse. Indispensable avec un texte pareil, très écrit, pas du tout quotidien. Elle m’a servi plusieurs fois. Un soir, il a fallu baisser le rideau: j’avais complètement perdu pied, ma tête était vide, je ne savais plus ce que je faisais, où j’étais. Un vertige! Elle m’envoyait les mots, mais ils ne voulaient plus rien dire pour moi. Mais être seul sur scène est aussi un plaisir et une grande liberté parce que (oh! je vais dire des bêtises!) vous n’avez pas à craindre le partenaire qui vous dit : «Dis donc, pourquoi as-tu joué ça comme ça aujourd’hui?!»

Vous êtes un comédien émérite et reconnu. Cette passion du théâtre vous vient-elle de l’enfance?
Il n’y a pas de mystère: ma mère était une remarquable comédienne qui n’a pas accédé au vedettariat mais qui a joué avec Charles Dullin et Jean Vilar. Je la suivais partout, je l’admirais beaucoup et j’ai naturellement eu envie de faire comme elle. Elle était aussi professeur de théâtre au premier Centre de l’Est, à Colmar, et j’ai commencé à faire le guignol dans son cours, vers l’âge de 13 ans. Mon premier rôle: le roi Ferrand dans La Reine morte de Montherlant, qui était vraiment un personnage de l’âge que j’ai maintenant. C’est cela qui m’attirait. C’est marrant parce qu’au Conservatoire puis à l’école de la Rue Blanche, on ne me donnait plus que des barbons à jouer.

Vous sortez du Conservatoire à 20 ans, avec un premier prix, puis tout s’enchaîne: vous entrez à la Comédie-Française…
Alors que mes goûts de spectateur me portaient plus vers le TNP et Vilar que vers le côté académique du Français où je voyais par ailleurs de très beaux spectacles. J’ai ramé assez longtemps parce que j’avais cet emploi de «vieux croûton»; à l’époque on avait un contrat au Français, on était engagé dans un «emploi »: le mien, c’était «rôles de composition». Donc, j’ai ramé un peu avant d’arriver à jouer des rôles d’hommes de 30 ans. Là, j’ai commencé à retrouver mon âge réel et à jouer de beaux personnages…

Est-on considéré comme fonctionnaire lorsqu’on travaille au Français?
On est assimilé à des fonctionnaires et l’on peut en avoir l’esprit, parce que l’argent tombe à la fin du mois. Mais, non, j’ai rarement vu ça; il n’y a pas de routine: il n’y en avait pas à mon époque et encore moins maintenant parce que les metteurs en scène font des specta- cles très rigoureux où l’on ne peut plus tricher.
A l’époque, disons-le, il y avait des spectacles légèrement négligés ou montés à la vavite où l’on se laissait aller. Et aussi ce que l’on appelait des matinées scolaires que l’on avait tendance à prendre un peu par-dessus la jambe.

Avez-vous pensé à faire de la mise en scène?
Non, je suis trop bête. Je suis un âne. Il faut être intelligent pour faire de la mise en scène. Tiens, je vais vous faire un cours: le comédien a besoin d’une intelligence sensible, mais pas d’une intelligence analytique. Le metteur en scène doit avoir un cerveau plus «synthétisant». Moi, je suis un comédien d’instinct, je commence à comprendre à peu près ce que je suis en train de jouer…

Vous disiez à un moment qu’au cinéma l’on vous donnait surtout des rôles de salauds et de commissaires sadiques…
Ça été vrai à une époque où je les enchaînais. Peut-être à cause de Nada de Chabrol où je jouais une pourriture et où cela avait plu. Mais après, et au théâtre notamment, j’ai eu d’autres notes à jouer.

Avez-vous des projets au cinéma?
Non. Mais il faut reconnaître que je fais tellement de théâtre que je ne suis guère disponible. Et puis peut-être que l’on ne juge pas que je suis d’une utilité formidable pour remonter le niveau du cinéma. Mais puisque vous me posez la question, je regrette de ne pas faire plus de cinéma, de ne pas avoir continué sur ma lancée, comme à l’époque où je faisais un ou deux films par an, jamais de premiers rôles, mais de bons seconds rôles. Tant pis! En revanche, j’ai un projet de théâtre: jouer le Roi Lear, comme tous les acteurs qui arrivent à 70 ans, sous la direction de Jorge Lavelli, un vieux complice avec qui j’ai fait une dizaine de spectacles.

Interview de Robert Hossein

Lundi 8 mars 2010
On vient d’avoir un nouveau président de la République : avez-vous eu envie de suivre un des deux finalistes et si vous aviez été élu président, quelle aurait été votre première mesure ?
Je ne serais allé qu’avec celui ou celle qui aurait eu le projet d’un ministère entièrement consacré à ceux qui n’ont rien. Quant à ma première mesure, j’aurais fait en sorte que toutes les entreprises qui donneraient à ce ministère, aient une part d’impôt en moins…  
Alors où en est votre « Jean Paul II ? On a écrit que vous cherchiez des sponsors, où en êtes vous ? Quel sera le titre final du spectacle ?
Le titre c’est « Un homme nommé Jean Paul II »… Vous voyez la première maquette de l’affiche avec la petite fille et bien on voudrait la retrouver cette enfant… Mes amis cherchent avec toutes sortes d’aides, les télés, etc…
Pour les sponsors ça y est grâce toujours à François Pinault qui avait déjà produit De Gaulle et Bonaparte et un tas de copains qui ont acheté des parts… Il y a eu un temps Lagardère… Tous ces hommes qui n’oublient pas de donner, de prendre des risques, c’est formidable !

Quel va être le sens de ce nouveau spectacle ? On annonce qu’on y apprendra des choses… Lesquelles ?
Rappelez vous « Jésus est son nom », Lustiger avait vu le spectacle puis Jean Paul II m’a invité, nous avons parlé russe !… Cet homme, ce saint avait une immense bonté mais on ressentait aussi chez lui comme une blessure, une certaine nostalgie, quelque chose d’inexplicable…
Regardez la maquette, ça va être formidable… Au fond un écran géant pour toutes les scènes de peuple et les images d’archives. Puis des tableaux comme au théâtre qui vont reconstituer sur des estrades, par exemple les deux murs, celui des lamentations et celui de Berlin…
On va donc apprendre des choses nouvelles, le troisième secret de Fatima, comment s’est vraiment passé le pardon à celui qui a tenté de l’assassiner, un miracle !… D’ailleurs, c’est à partir de cette agression, après l’attentat, qu’on le verra revivre sa vie…

On sait que vous êtes un fervent chrétien, ça a compté pour créer ce « Jean Paul II » ou le personnage fort de ce pape a simplement suffi ?
Je vais vous confier cette phrase magnifique de Jean Paul II qui suffira comme réponse : « Ceux qui ont des valises trop lourdes ne peuvent pas monter au ciel… Les pauvres qui n’ont rien peuvent monter car ils sont plus légers… ». Depuis que je suis sur Jean Paul II, tout est encore plus mystérieux, il m’arrive des choses bouleversantes… Vous savez que je suis très croyant et que j’attache de l’importance aux signes mais là ça me dépasse parfois… Tenez, je vois de plus en plus de gens par terre et ça me révolte…. Moi aussi j’ai fait toute ma vie la manche pour entraîner de plus en plus de gens derrière moi… Et quand on me demande ce que j’ai fait de ma vie, je dis : rien… mais longtemps !

Alain Decaux sera-t-il encore de la partie ? Avez-vous des conseillers du monde catholique ?
Au départ il y a cette nouvelle biographie de Bernard Lecomte qui a été le point de départ du travail d’Alain Decaux. Le Père Di Falco a été bien sûr notre conseiller… Au début je serai sur scène car je veux aussi participer à ce formidable spectacle qui va étonner les non croyants. Jean Paul II fut un pape de la paix, rappelez vous les « JMJ » à Longchamp en 1997 avec 1 Million 200 000 jeunes. J’y étais et j’ai été touché par cet homme…
Jean Paul II réunit toutes les religions et tous les grands de ce monde, Fidel Castro, Hassan II, Gorbathev, Valesa, Sœur Thérésa, l’Abbé Pierre… D’ailleurs l’Abbé Pierre sera dans le spectacle, dans la salle d’où toutes les surprises partiront et je vous promets un superbe dialogue (il nous lit le texte lentement, passionnément et l’émotion remplit le bureau de Robert Hossein) sur l’utilisation du préservatif….

Qui va jouer le rôle de Jean Paul II ? Votre casting est fait ?
Vous ne pouvez pas mieux tomber car nous faisons un essai samedi (28 avril). Je vais vous donner un scoop qui n’en sera peut-être plus un quand Social CE sortira, nous avons rendez vous avec Marc Gassot.

Avec Ben Hur vous avez réalisé un rêve d’enfant. Y a t-il encore d’autres rêves que vous avez envie de mettre en scène ?
Oui, je ne voudrais pas « crever » avant d’avoir remis en scène Jean Paul Belmondo ! Je veux monter un coup avec lui, un grand spectacle écrit et aménagé pour son handicap… Maintenant qu’il se remet à parler beaucoup mieux, je veux faire ce spectacle avec lui, pour lui !

Après Ben Hur et sa formidable mise en scène, après avoir vu les différentes séances, avez-vous des regrets, des critiques ? Que referiez vous de différent ou pas aujourd’hui ?
On a fait 295 000 visiteurs en 5 représentations, un record… mais on n’a pas eu droit aux Molière car il faut un minimum de 30 représentations ! C’est fou, non ?… Je referai la même chose. Et j’espère que l’orage sera là aussi car j’ai un souvenir exceptionnel de cette soirée sous les trombes d’eau… Les salaires ont été doublés ! Quand vous connaissez mon combat auprès des intermittents, c’est tout un symbole… Je garderai cette formidable ambiance de bande, de toutes ces femmes et de tous ces hommes si différents… Vous regardez ma photo avec le loup (derrière son bureau), et bien voilà d’où vient cette idée permanente de bande, mon amour des loups…
Robert, on arrive à la fin de cet entretien, on vous écouterait des heures, parlons des CE qui vous sont chers… Qu’avez-vous envie de leur dire à tous ces élus qui ont beaucoup compté pour vous ?
Sincèrement je pense que sans eux, je ne serai pas là pour vous répondre. A chaque spectacle, j’ai toujours mesuré leur participation… D’ailleurs je voudrai organiser une répétition pour Jean Paul II, rien que pour eux, si c’est possible du côté du Palais des Sports…

C’est l’année de vos 80 ans (il est né le 25 décembre 1927). On parle beaucoup aujourd’hui de l’âge qui se prolonge et qu’on est de moins en moins vieux et plus longtemps… Qu’en pensez vous ?
C’est vrai et c’est beau… Quand je regarde ma vie je me dis que je suis né pauvre avec une cervelle de riche… et que j’ai eu beaucoup de chance ! Chaque Toussaint quand je vais voir mes morts, j’ai une nostalgie terrifiante… Je pense à Gélin qui m’a beaucoup aidé, Vadim, Philippe Lemaire, Marquand, Mario David, les potes quoi… et puis Frédéric Dard qui me manque terriblement… Moi j’ai toujours remis mon argent dans le théâtre et on a souvent connu le bas mais on n’en meurt pas, on en sort plus fort grâce à Dieu… On a commencé à parler politique tout à l’heure, et bien il faut qu’il y ait une véritable osmose entre les syndicats et le pouvoir en place, il faut de l’harmonie… Et comprendre surtout qu’il est normal qu’à 20 ans on veuille réussir, il est normal qu’on pense à soi… Mais quand on a 80 ans comme moi, on a le sentiment d’exister que parce qu’on porte son regard sur les autres… L’avenir est obligatoirement humaniste… J’adore cette phrase de René Char « Pleurer longtemps, solitaire, mène à quelque chose ! »

Interview de Roland Giraud

Lundi 8 mars 2010

Une pièce sur la corruption et les dessous du monde politique, cela a dû vous sembler très actuel ?
On ne s’est pas rendu compte tout de suite que ça tombait pendant la campagne. Mais la pièce parle effectivement de tout ce qui nous ennuie dans la vie et nous fait rire au théâtre. « Politique », cela veut dire « organisation de la société » ; il y en a qui veulent réellement organiser la société et d’autres qui veulent plutôt s’organiser dans la société.

Vous pourriez envisager d’apporter publiquement votre soutien à un candidat ?
Pas trop. J’ai le respect du public qui représente toutes les opinions confondues ; je ne conçois pas de lui dire, alors qu’il me fait l’amitié de se déplacer, de payer pour me voir et de m’être fidèle, de voter pour l’un ou l’autre. Il m’est arrivé de dire que j’ai de la sympathie pour quelqu’un. Mais quand je n’en ai pas, je ne dis rien.

Est-ce que vous avez ri à cette pièce dès la première lecture ?
Au théâtre ou au cinéma, je suis un spectateur lambda qui s’endort très souvent ;à la lecture d’un scénario ou d’un manuscrit, il m’arrive de penser dès la cinquième page : « Pas la peine, c’est fichu ».Là, je me suis dit : « Je peux jouer dedans ». C’est une des rares pièces où, le soir, sur chaque scène, parfois sur chaque réplique, on pourrait faire cinq minutes de plus. Enfin…, si l’on est un acteur peu sérieux, parce qu’il faut quand même respecter l’histoire que ça raconte. C’est une pièce sur le malentendu et le mensonge, sur des personnages odieux et infréquentables.Feydeau disait qu’il n’irait jamais dîner avec ses personnages !Le mien est quand même rattrapé par l’amour qu’il porte à sa fille et à la femme qu’il a quittée cinq ans plus tôt pour ne pas la compromettre. Mais il fait tout de façon illégale. Le public adore se demander comment il va se sortir de tous ses mensonges. ll adore aussi que je perde tout le temps ma moustache de faux plombier espagnol (parce que je transpire comme un bœuf !);j’en joue, mais pas trop, parce que si, depuis le début, le public est au courant de mon double jeu, les autres personnages non.

C’est une gageure pour un comédien de jouer un personnage qui joue lui-même un personnage ? Soit deux rôles en même temps ?
Ah si je pouvais en faire quatre ! C’est ce qui m’a intéressé, tout en sachant que j’aurais des difficultés à me changer très rapidement : au début, j’arrive comme un bibendum, avec un costume sous la salopette. Dans le public, on doit penser « Oh, Giraud a grossi » ! Et puis, j’aime aussi les accents. Quand j’ai débuté le cinéma, le hasard a voulu que je commence avec des accents : un film de Michel Audiard où je jouais un Espagnol, puis « Papy fait de la résistance » où je faisais un général allemand, et même « Le Provincial » qui se tournait dans le Sud-Ouest ; mais là, aucun problème, parce que je suis de Mautauban.Est-ce que l’humour peut être un outil de thérapie ?
C’est une arme extraordinaire. Sa plus belle définition est celle d’Alphonse Allais : « L’humour, c’est la politesse du désespoir ». L’esprit aussi, mais c’est plus facile, alors que l’humour est orienté vers soi-même, moins agressif. Ce que je n’aime pas trop, c’est la caleçonnade. C’est comme la vulgarité : quand on ne rit plus, c’est vulgaire ; tant que l’on rit, ce n’est que grossier.

Les représentations d’une telle pièce sont-elles pour vous comme des esparenthèses de bonheur ?
Oui, le travail est la plus grande distraction.J’aime beaucoup le théâtre et je ne pourrais pas m’en passer,alors que le cinéma ou la télé, si. Mais la sanction directe du public, sa fidélité… J’adore mouiller ma chemise pour les gens qui viennent. Malheureusement, c’est très fatigant de jouer à 120 à l’heure tous les soirs. C’est une pièce très physique, j’ai très chaud (c’est pour cela que ce théâtre, je l’appelle la Mi-chaudière !) et j’ai perdu 13 kg en un mois et demi. On ne me donne que des trucs physiques à jouer ; que va-t-il se passer quand j’aurai moins de concurrents de mon âge ?!

Vous avez fait vos preuves dans le registre comique. Pourquoi vous n’abordez jamais des rôles plus dramatiques ?
Parce qu’on ne me le propose pas du tout. Les Français, qui sont très cartésiens, cataloguent les acteurs ; le public va voir un comédien pour ce qu’il sait faire. Si je joue un rôle dramatique, on dira « Oui, c’est intéressant… ». A mes débuts, j’ai joué du théâtre classique, du Molière aussi, mais dans des rôles secondaires, ce que j’aime bien : les jeunes premiers classiques ne me branchent pas ; ils sont bien jolis mais n’ont pas grand chose à raconter.

Vous n’avez donc pas fait le Conservatoire ?
Mais non, moi, je voulais être chanteur. Tout est une erreur depuis le début ! J’étais choriste au Châtelet, et puis j’ai joué tout de suite comme comédien. Quand Drucker m’a invité dans son émission du dimanche après-midi, j’ai demandé la présence de Cecilia Bartoli. Il m’a répondu : « A condition que tu chantes quelque chose avec elle ! ». Pendant un mois et demi, j’ai répété comme un vrai chanteur d’opéra un morceau un peu pointu techniquement. C’était la première fois que Cecilia Bartoli chantait avec un simple comédien ! A la suite de ça on m’a proposé des comédies musicales, des opérettes… Mais ça ne m’intéresse pas, à mois qu’elles ne soient montées par de vrais metteurs en scène de théâtre.

Pourquoi ne pas mettre en scène vous-même ?
Etre acteur me suffit, et puis, je serai un tyran. Un acteur arriverait en retard, il serait viré. Nous faisons un métier tellement difficile, et c’est un tel miracle de s’en sortir (et je pense faire partie des miraculés), qu’il faut le faire sérieusement. Dans le boulot, je suis très sérieux, ce qui ne m’empêche pas de déconner tout le temps. Je suis comme ça, psychorigide.

Votre dernière apparition au cinéma date de 2003, « Dix-huit ans après », la suite de « Trois hommes et un couffin ». Est-ce un choix ?
Non, c’est que l’on me propose moins de films. Mais ça ne me dérange pas. Le théâtre, l’Opéra, les variétés…, ça, ce sont de vrais métiers. Le cinéma (attendre toute une journée, ne pas tourner les scènes dans l’ordre…), c’est intéressant, mais en complément. Cela dit, je viens de tourner « Pas de panique » pour France 2, avec Frédéric Diefenthal dont le personnage est atteint d’hygépiaphobie, la peur des responsabilités. Un très joli film. Puis une comédie, « Mes chers parents » avec Fanny Cottençon, pour la 6. Quand le sujet me plait, j’accepte, mais il y a trop de pièces prétentieuses et de films avec des états d’âme.

Interview de Laurent Deutsch

Lundi 8 mars 2010
Vous rêviez d’être footballeur professionnel et c’est en tant que comédien que le public vous acclame. Comment passe-t-on du foot à la comédie ?
Je n’avais que le côté illusionniste du footballeur, celui qui tombe facilement et qui provoque des penalties dans la surface.
J’étais déjà comédien sans le savoir. Je n’avais pas la carrure d’être footballeur. 2004 est une année riche en succès :cinéma, théâtre, télévision… Tout vous réussi. Croyez-vous au destin ?
Oui. Il y a toujours une part de chance dans les rencontres que l’on fait. Etre là au bon moment, et rencontrer la bonne personne, celle qui vous fera avancer dans la vie, c’est de la chance puisque c’est quelque chose que l’on ne peut pas décider.
Je crois au destin. Il nous fait bouger, avoir des aventures.Les rencontres avec les autres nous font progresser.

Quelle rencontre a été importante pour vous ?
Celle avec Djamel Bensalah.. Il y a entre nous une extraordinaire complicité. On s’entend comme larrons en foire. Il m’a permis de prendre confiance en moi, d’oser faire des choses.

Parlons théâtre. Amadeus est un triomphe. Le duo Lorant Deusch/Jean Piat fonctionne à merveille. D’ailleurs le public ne s’y est pas trompé. Comment est née cette aventure ?
On parlait de l’importance des rencontres, Amadeus est encore une fois le fruit de l’une d’elles. Stéphane Hillel, le metteur en scène a toujours pensé à moi pour cette pièce. Il me l’a proposée et cela m’a permis de jouer au théâtre une pièce extraordinaire avec Jean Piat. C’est impressionnant de jouer avec quelqu’un comme lui. Vous voyez,la vie est faite de bonnes surprises…

J’ai lu dans une interview que votre rêve le plus fou serait de trouver la femme de votre vie et fonder un foyer. Vous êtes attaché à l’idée de la famille ?
Oui. Dans notre métier, il faut constamment changer d’époque, de costume, de rôle, de pays. Avoir un foyer stable, un couple fort, des enfants, tout ce qui nous rappelle la famille, oui, c’est quelque chose dont j’ai besoin.
Mes parents comptent beaucoup pour moi. Tout ce que je suis aujourd’hui, je le dois à mon père. J’adore lire la fierté dans ses yeux lorsqu’il me regarde. Ca me rend éperdument heureux.
Vous aviez besoin d’une pause théâtre ?
Non, c’est impossible. Je ne peux pas jouer tous les soirs au théâtre et tourner la journée, c’est trop dur d’un point de vue physique. Je ne suis pas assez fort pour assurer un tel rythme. J’ai repoussé tous mes projets à une date ultérieure, y compris celui de jouer dans un film historique. Nous serons vraisemblablement en tournée dans toute la France à la rentrée prochaine. Alors, j’ai encore un peu de temps. Et puis, je me sens très bien dans cette pièce.

Interview de Jean-Marie Bigard

Lundi 8 mars 2010

Qui est à l’origine de votre rôle dans cette pièce ?

C’est Alain Sachs, le metteur en scène. En octobre dernier, il me propose le rôle. Je dis non, bien sûr ! Mais il me fait faire une lecture de la pièce avec des amis. On s’aperçoit que c’est drôle, c’est-à-dire que, dans ma bouche, le texte « déchantait » naturellement (NDLR. Dit sans déclamation artificielle). Il fallait une réponse. Il y avait une mise en scène importante derrière avec tout de même 80 costumes à faire !… J’ai réfléchi pendant 15 jours et j’ai dit oui. J’avais envie de me retrouver sur scène avec beaucoup de comédiens et de partager avec eux les angoisses et les bonheurs parce que, d’habitude, je suis tout le temps seul. Franchement, je voyais cela comme une très jolie récréation qui n’allait pas me coûter énormément d’énergie…
Comment passe-t-on du « one man show » à la comédie-ballet la plus célèbre de Molière ?
Je me suis mis au service de la troupe et je cherche à être toujours dans la situation sans profiter de quoi que ce soit.Alors que, justement, je suis habitué à tenir, seul, 5 000 personnes chaque soir.Je m’en tiens au texte et je sers mes camarades. Mais je n’avais pas mesuré que jouer le Bourgeois Gentilhomme, c’est une performance plus difficile que le Stade de France où, là, j’étais dans ma spécialité ! En acceptant, je n’avais pas pris en compte la somme de travail que cela me demanderait… Dix semaines de répétitions, un texte réputé « inapprenable » par les comédiens. On dit que, pour mémoriser les compliments à la marquise, il faut huit jours ! Cela a été un travail colossal de mise en place parce qu’il y a 21 personnes sur scène. Il y a aussi le trac. Pendant les dix premiers jours, avant de rentrer en scène, j’étais comme une vache menée à l’abattoir, les jambes écartées pour ne pas monter dans le camion.
Aujourd’hui, je suis plutôt « le poulain qui piaffe d’impatience ! »
Mais la récompense est à la hauteur avec le bonheur de jouer avec mes camarades, avec les appréciations de la presse – nous avons eu un tsunami d’articles dithyrambiques – et avec la salle comble tous les soirs.
Qu’est-ce qui vous a le plus marqué dans ce travail théâtral ?
La gestuelle prend une place très grande dans votre interprétation et dans celle de la troupe.
« Il n’y a rien de plus juste. Cela est véritable » comme dirait Monsieur Jourdain ! Vous avez parfaitement raison car la parole ne représente que 20 % du sentiment que vous envoyez. Le reste est envoyé par la position du corps, l’intonation de la voix, le volume, la position des yeux. Moi, je m’en amuse dans mes « one man show ». Par exemple, si jamais je dispute une dame au premier rang, tout mon corps, le timbre de ma voix, mes yeux font qu’elle n’en prend pas ombrage car ils expriment énormément de gentillesse.
On sent que vous prenez un très grand plaisir à jouer dans la langue de Molière…
Les intonations sont modernes et il faut arriver à faire « déchanter » : « je vous prie tous les deux de ne vous point en aller qu’on ne m’ait apporté mon habit afin que vous me puissiez voir ». Je parle comme ça dans la vie maintenant et j’ai perdu la moitié de mes amis !!! Je voulais faire un beau bourgeois, un peu original, puisque cela se passe dans un magasin de sports. Et cela attire.
Les jeunes viennent voir cette pièce qui leur semble moins rébarbative que lorsqu’elle est jouée façon 17ème. On a réussi parce qu’on reçoit des appréciations de deux sortes. Certains nous reprochent de « bricoler le texte de Molière » – alors qu’on le respecte à la lettre -. Pour nous, c’est un compliment ! Et d’autres nous félicitent sur le fait « d’enfin tout comprendre » du texte de Molière.Quel bourgeois gentilhomme avez-vous voulu montrer ?
Monsieur Jourdain devient fou à la fin de la pièce et c’est assez cauchemardesque. Mais nous avons voulu en faire un gentil niais. Il ne fallait pas qu’il devienne pathétique. Il fallait que cela reste une comédie, que la pièce reste distrayante jusqu’à la fin, comme l’a voulu Molière.
Qu’est-ce que le bourgeois gentilhomme a à dire à l’homme du XXIe siècle ?
A son époque comme à la nôtre, rien n’a pas changé. Molière fait la description d’une catégorie de personnes qui veulent obtenir une carte supplémentaire.Je suis un exemple vivant du mec, pété de thunes, qui n’a plus rien à prouver en matière de « one man show », de nombre de spectateurs, de capital sympathie… Mais je désire cette carte de comédien. Donc, par définition, je suis un bourgeois gentilhomme de 2006… qu’en plus, j’ai choisi de jouer ! A la différence près que lui se contente de vouloir acheter des compétences intellectuelles ou spirituelles, ce qui n’est pas mon cas. Mais le 19 janvier 2006, le soir de la première, j’ai eu le sentiment qu’on me remettait ma carte de comédien.Votre public habituel a dû se précipiter …
Pas tellement. Les gens qui viennent à mes « one man show » ne viennent pas au théâtre. Il y a beaucoup de gens qui viennent voir Jean Marie Bigard se faire coincer… Ce qui est amusant, c’est que les amateurs de théâtre qui ne me connaissaient pas disent maintenant vouloir venir à mes « one man show » !…

Vous préparez un prochain spectacle…
Dans ce show « mon Psy va mieux » qui commencera en septembre, je vais aller encore plus loin, dire des choses encore plus profondes, encore plus intimes et je vais faire une thérapie de groupe de mille personnes tous les soirs !

Interview de Michel Leeb

Lundi 8 mars 2010
À quand remonte votre vocation d’artiste ?
J’ai toujours eu la vocation d’artiste, déjà tout gamin. J’étais toujours premier en récitation, j’avais ça dans le sang. En pension, j’imitais les profs, les pions, et à la maison j’imitais les voisins, les commerçants…
Pourquoi ce professorat de philosophie ?
La philo a-t-elle eu un rôle sur votre carrière ?
J’étais et je suis encore passionné par les questions métaphysiques relatives à l’humain : du classique, quoi….

On n’a jamais de réponses et la vie est sans arrêt faite de questions.
L’essentiel est de se poser les bonnes questions ! L’homme est obsédé par ces réponses qu’il cherche. Je voulais jouer des spectacles comiques et je souhaitais faire rire tout en posant des questions…

Des questions sur le « pourquoi du comment » : j’ai mis dix ans pour être connu, et ça s’est passé du jour au lendemain, grâce à Guy Lux et à la
télévision.

Et aujourd’hui, est-ce que ça se passerait de la même manière ?
Non, ça a changé, c’est la société Kleenex. On vous encense et on vous jette. Vous êtes connu très vite, mais vous disparaissez aussi très vite. Pour faire aujourd’hui une carrière de trente, quarante ans, il faut être exceptionnel…

Comment vous situez-vous en tant qu’artiste ?
Je revendique l’idée d’être un homme de spectacle, pas un comique. Ce que j’ai en moi, je le donne au public, je fais des cadeaux. Sans prétention, j’offre des cadeaux, et je suis déçu si les spectateurs ne les ouvrent pas… Je ne suis qu’un humoriste…
Mon but d’artiste, c’est de donner, d’échanger, d’être heureux avec le public.
La joie est un mot essentiel à mon vocabulaire.
J’aime cette idée de rassembler les gens autour du rire.

Vous serez au Casino de Paris en novembre avec un nouveau spectacle : qu’est-ce qui vous a donné envie de revenir au one-man-show ?
Me remettre en danger ! Je vais faire râler, mais le théâtre, c’est facile, c’est comme un revers le long de la ligne… Dans le one-man-show, on est seul, souvent avec sa création ou en partie, on n’a pas le droit à l’erreur.
J’adore partager avec le public, jouer avec lui. Je vais chercher les gens dans la salle et j’écris une histoire sur scène avec eux. Ça va être un spectacle très interactif.
Il y aura des sketches, du swing, un trio de musiciens fabuleux, et plein d’autres surprises : le spectacle de ma vie d’artiste, quoi ! Deux heures sans entracte, pendant sept semaines, puis une tournée jusqu’en juin 2007, et après, certainement, une reprise…Et le cinéma ? Vous n’avez pas envie de vous créer un grand rôle ?
Pas le temps ! Il faut deux ans entre l’écriture, la préparation et la réalisation. C’est encore pire que le reste. Il faut s’enfermer si on veut écrire… Sinon, j’aimerais jouer Cyrano.
Avec Douze hommes en colère, j’ai déjà eu ce grand rôle dont vous parlez.
Vous savez, j’ai une chance extraordinaire : je peux jouer ce que je veux !

Comité d’entreprise, qu’est ce que cela évoque pour vous ?
Des gens qui sortent ensemble, qui viennent au spectacle en bande. C’est porteur dans une salle d’avoir des groupes de gens, ça met de l’ambiance, ça peut porter un spectacle. C’est utile d’avoir des comités d’entreprise dans les entreprises, sur le plan social et sur le plan culturel : ça crée du lien !