Interview de Roland Giraud

Une pièce sur la corruption et les dessous du monde politique, cela a dû vous sembler très actuel ?
On ne s’est pas rendu compte tout de suite que ça tombait pendant la campagne. Mais la pièce parle effectivement de tout ce qui nous ennuie dans la vie et nous fait rire au théâtre. « Politique », cela veut dire « organisation de la société » ; il y en a qui veulent réellement organiser la société et d’autres qui veulent plutôt s’organiser dans la société.

Vous pourriez envisager d’apporter publiquement votre soutien à un candidat ?
Pas trop. J’ai le respect du public qui représente toutes les opinions confondues ; je ne conçois pas de lui dire, alors qu’il me fait l’amitié de se déplacer, de payer pour me voir et de m’être fidèle, de voter pour l’un ou l’autre. Il m’est arrivé de dire que j’ai de la sympathie pour quelqu’un. Mais quand je n’en ai pas, je ne dis rien.

Est-ce que vous avez ri à cette pièce dès la première lecture ?
Au théâtre ou au cinéma, je suis un spectateur lambda qui s’endort très souvent ;à la lecture d’un scénario ou d’un manuscrit, il m’arrive de penser dès la cinquième page : « Pas la peine, c’est fichu ».Là, je me suis dit : « Je peux jouer dedans ». C’est une des rares pièces où, le soir, sur chaque scène, parfois sur chaque réplique, on pourrait faire cinq minutes de plus. Enfin…, si l’on est un acteur peu sérieux, parce qu’il faut quand même respecter l’histoire que ça raconte. C’est une pièce sur le malentendu et le mensonge, sur des personnages odieux et infréquentables.Feydeau disait qu’il n’irait jamais dîner avec ses personnages !Le mien est quand même rattrapé par l’amour qu’il porte à sa fille et à la femme qu’il a quittée cinq ans plus tôt pour ne pas la compromettre. Mais il fait tout de façon illégale. Le public adore se demander comment il va se sortir de tous ses mensonges. ll adore aussi que je perde tout le temps ma moustache de faux plombier espagnol (parce que je transpire comme un bœuf !);j’en joue, mais pas trop, parce que si, depuis le début, le public est au courant de mon double jeu, les autres personnages non.

C’est une gageure pour un comédien de jouer un personnage qui joue lui-même un personnage ? Soit deux rôles en même temps ?
Ah si je pouvais en faire quatre ! C’est ce qui m’a intéressé, tout en sachant que j’aurais des difficultés à me changer très rapidement : au début, j’arrive comme un bibendum, avec un costume sous la salopette. Dans le public, on doit penser « Oh, Giraud a grossi » ! Et puis, j’aime aussi les accents. Quand j’ai débuté le cinéma, le hasard a voulu que je commence avec des accents : un film de Michel Audiard où je jouais un Espagnol, puis « Papy fait de la résistance » où je faisais un général allemand, et même « Le Provincial » qui se tournait dans le Sud-Ouest ; mais là, aucun problème, parce que je suis de Mautauban.Est-ce que l’humour peut être un outil de thérapie ?
C’est une arme extraordinaire. Sa plus belle définition est celle d’Alphonse Allais : « L’humour, c’est la politesse du désespoir ». L’esprit aussi, mais c’est plus facile, alors que l’humour est orienté vers soi-même, moins agressif. Ce que je n’aime pas trop, c’est la caleçonnade. C’est comme la vulgarité : quand on ne rit plus, c’est vulgaire ; tant que l’on rit, ce n’est que grossier.

Les représentations d’une telle pièce sont-elles pour vous comme des esparenthèses de bonheur ?
Oui, le travail est la plus grande distraction.J’aime beaucoup le théâtre et je ne pourrais pas m’en passer,alors que le cinéma ou la télé, si. Mais la sanction directe du public, sa fidélité… J’adore mouiller ma chemise pour les gens qui viennent. Malheureusement, c’est très fatigant de jouer à 120 à l’heure tous les soirs. C’est une pièce très physique, j’ai très chaud (c’est pour cela que ce théâtre, je l’appelle la Mi-chaudière !) et j’ai perdu 13 kg en un mois et demi. On ne me donne que des trucs physiques à jouer ; que va-t-il se passer quand j’aurai moins de concurrents de mon âge ?!

Vous avez fait vos preuves dans le registre comique. Pourquoi vous n’abordez jamais des rôles plus dramatiques ?
Parce qu’on ne me le propose pas du tout. Les Français, qui sont très cartésiens, cataloguent les acteurs ; le public va voir un comédien pour ce qu’il sait faire. Si je joue un rôle dramatique, on dira « Oui, c’est intéressant… ». A mes débuts, j’ai joué du théâtre classique, du Molière aussi, mais dans des rôles secondaires, ce que j’aime bien : les jeunes premiers classiques ne me branchent pas ; ils sont bien jolis mais n’ont pas grand chose à raconter.

Vous n’avez donc pas fait le Conservatoire ?
Mais non, moi, je voulais être chanteur. Tout est une erreur depuis le début ! J’étais choriste au Châtelet, et puis j’ai joué tout de suite comme comédien. Quand Drucker m’a invité dans son émission du dimanche après-midi, j’ai demandé la présence de Cecilia Bartoli. Il m’a répondu : « A condition que tu chantes quelque chose avec elle ! ». Pendant un mois et demi, j’ai répété comme un vrai chanteur d’opéra un morceau un peu pointu techniquement. C’était la première fois que Cecilia Bartoli chantait avec un simple comédien ! A la suite de ça on m’a proposé des comédies musicales, des opérettes… Mais ça ne m’intéresse pas, à mois qu’elles ne soient montées par de vrais metteurs en scène de théâtre.

Pourquoi ne pas mettre en scène vous-même ?
Etre acteur me suffit, et puis, je serai un tyran. Un acteur arriverait en retard, il serait viré. Nous faisons un métier tellement difficile, et c’est un tel miracle de s’en sortir (et je pense faire partie des miraculés), qu’il faut le faire sérieusement. Dans le boulot, je suis très sérieux, ce qui ne m’empêche pas de déconner tout le temps. Je suis comme ça, psychorigide.

Votre dernière apparition au cinéma date de 2003, « Dix-huit ans après », la suite de « Trois hommes et un couffin ». Est-ce un choix ?
Non, c’est que l’on me propose moins de films. Mais ça ne me dérange pas. Le théâtre, l’Opéra, les variétés…, ça, ce sont de vrais métiers. Le cinéma (attendre toute une journée, ne pas tourner les scènes dans l’ordre…), c’est intéressant, mais en complément. Cela dit, je viens de tourner « Pas de panique » pour France 2, avec Frédéric Diefenthal dont le personnage est atteint d’hygépiaphobie, la peur des responsabilités. Un très joli film. Puis une comédie, « Mes chers parents » avec Fanny Cottençon, pour la 6. Quand le sujet me plait, j’accepte, mais il y a trop de pièces prétentieuses et de films avec des états d’âme.

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