Qui est à l’origine de votre rôle dans cette pièce ?
C’est Alain Sachs, le metteur en scène. En octobre dernier, il me propose le rôle. Je dis non, bien sûr ! Mais il me fait faire une lecture de la pièce avec des amis. On s’aperçoit que c’est drôle, c’est-à-dire que, dans ma bouche, le texte « déchantait » naturellement (NDLR. Dit sans déclamation artificielle). Il fallait une réponse. Il y avait une mise en scène importante derrière avec tout de même 80 costumes à faire !… J’ai réfléchi pendant 15 jours et j’ai dit oui. J’avais envie de me retrouver sur scène avec beaucoup de comédiens et de partager avec eux les angoisses et les bonheurs parce que, d’habitude, je suis tout le temps seul. Franchement, je voyais cela comme une très jolie récréation qui n’allait pas me coûter énormément d’énergie…
Comment passe-t-on du « one man show » à la comédie-ballet la plus célèbre de Molière ?
Je me suis mis au service de la troupe et je cherche à être toujours dans la situation sans profiter de quoi que ce soit.Alors que, justement, je suis habitué à tenir, seul, 5 000 personnes chaque soir.Je m’en tiens au texte et je sers mes camarades. Mais je n’avais pas mesuré que jouer le Bourgeois Gentilhomme, c’est une performance plus difficile que le Stade de France où, là, j’étais dans ma spécialité ! En acceptant, je n’avais pas pris en compte la somme de travail que cela me demanderait… Dix semaines de répétitions, un texte réputé « inapprenable » par les comédiens. On dit que, pour mémoriser les compliments à la marquise, il faut huit jours ! Cela a été un travail colossal de mise en place parce qu’il y a 21 personnes sur scène. Il y a aussi le trac. Pendant les dix premiers jours, avant de rentrer en scène, j’étais comme une vache menée à l’abattoir, les jambes écartées pour ne pas monter dans le camion.
Aujourd’hui, je suis plutôt « le poulain qui piaffe d’impatience ! »
Je me suis mis au service de la troupe et je cherche à être toujours dans la situation sans profiter de quoi que ce soit.Alors que, justement, je suis habitué à tenir, seul, 5 000 personnes chaque soir.Je m’en tiens au texte et je sers mes camarades. Mais je n’avais pas mesuré que jouer le Bourgeois Gentilhomme, c’est une performance plus difficile que le Stade de France où, là, j’étais dans ma spécialité ! En acceptant, je n’avais pas pris en compte la somme de travail que cela me demanderait… Dix semaines de répétitions, un texte réputé « inapprenable » par les comédiens. On dit que, pour mémoriser les compliments à la marquise, il faut huit jours ! Cela a été un travail colossal de mise en place parce qu’il y a 21 personnes sur scène. Il y a aussi le trac. Pendant les dix premiers jours, avant de rentrer en scène, j’étais comme une vache menée à l’abattoir, les jambes écartées pour ne pas monter dans le camion.
Aujourd’hui, je suis plutôt « le poulain qui piaffe d’impatience ! »
Mais la récompense est à la hauteur avec le bonheur de jouer avec mes camarades, avec les appréciations de la presse – nous avons eu un tsunami d’articles dithyrambiques – et avec la salle comble tous les soirs.
Qu’est-ce qui vous a le plus marqué dans ce travail théâtral ?
La gestuelle prend une place très grande dans votre interprétation et dans celle de la troupe.
« Il n’y a rien de plus juste. Cela est véritable » comme dirait Monsieur Jourdain ! Vous avez parfaitement raison car la parole ne représente que 20 % du sentiment que vous envoyez. Le reste est envoyé par la position du corps, l’intonation de la voix, le volume, la position des yeux. Moi, je m’en amuse dans mes « one man show ». Par exemple, si jamais je dispute une dame au premier rang, tout mon corps, le timbre de ma voix, mes yeux font qu’elle n’en prend pas ombrage car ils expriment énormément de gentillesse.
« Il n’y a rien de plus juste. Cela est véritable » comme dirait Monsieur Jourdain ! Vous avez parfaitement raison car la parole ne représente que 20 % du sentiment que vous envoyez. Le reste est envoyé par la position du corps, l’intonation de la voix, le volume, la position des yeux. Moi, je m’en amuse dans mes « one man show ». Par exemple, si jamais je dispute une dame au premier rang, tout mon corps, le timbre de ma voix, mes yeux font qu’elle n’en prend pas ombrage car ils expriment énormément de gentillesse.
On sent que vous prenez un très grand plaisir à jouer dans la langue de Molière…
Les intonations sont modernes et il faut arriver à faire « déchanter » : « je vous prie tous les deux de ne vous point en aller qu’on ne m’ait apporté mon habit afin que vous me puissiez voir ». Je parle comme ça dans la vie maintenant et j’ai perdu la moitié de mes amis !!! Je voulais faire un beau bourgeois, un peu original, puisque cela se passe dans un magasin de sports. Et cela attire.
Les intonations sont modernes et il faut arriver à faire « déchanter » : « je vous prie tous les deux de ne vous point en aller qu’on ne m’ait apporté mon habit afin que vous me puissiez voir ». Je parle comme ça dans la vie maintenant et j’ai perdu la moitié de mes amis !!! Je voulais faire un beau bourgeois, un peu original, puisque cela se passe dans un magasin de sports. Et cela attire.
Les jeunes viennent voir cette pièce qui leur semble moins rébarbative que lorsqu’elle est jouée façon 17ème. On a réussi parce qu’on reçoit des appréciations de deux sortes. Certains nous reprochent de « bricoler le texte de Molière » – alors qu’on le respecte à la lettre -. Pour nous, c’est un compliment ! Et d’autres nous félicitent sur le fait « d’enfin tout comprendre » du texte de Molière.Quel bourgeois gentilhomme avez-vous voulu montrer ?
Monsieur Jourdain devient fou à la fin de la pièce et c’est assez cauchemardesque. Mais nous avons voulu en faire un gentil niais. Il ne fallait pas qu’il devienne pathétique. Il fallait que cela reste une comédie, que la pièce reste distrayante jusqu’à la fin, comme l’a voulu Molière.
Monsieur Jourdain devient fou à la fin de la pièce et c’est assez cauchemardesque. Mais nous avons voulu en faire un gentil niais. Il ne fallait pas qu’il devienne pathétique. Il fallait que cela reste une comédie, que la pièce reste distrayante jusqu’à la fin, comme l’a voulu Molière.
Qu’est-ce que le bourgeois gentilhomme a à dire à l’homme du XXIe siècle ?
A son époque comme à la nôtre, rien n’a pas changé. Molière fait la description d’une catégorie de personnes qui veulent obtenir une carte supplémentaire.Je suis un exemple vivant du mec, pété de thunes, qui n’a plus rien à prouver en matière de « one man show », de nombre de spectateurs, de capital sympathie… Mais je désire cette carte de comédien. Donc, par définition, je suis un bourgeois gentilhomme de 2006… qu’en plus, j’ai choisi de jouer ! A la différence près que lui se contente de vouloir acheter des compétences intellectuelles ou spirituelles, ce qui n’est pas mon cas. Mais le 19 janvier 2006, le soir de la première, j’ai eu le sentiment qu’on me remettait ma carte de comédien.Votre public habituel a dû se précipiter …
Pas tellement. Les gens qui viennent à mes « one man show » ne viennent pas au théâtre. Il y a beaucoup de gens qui viennent voir Jean Marie Bigard se faire coincer… Ce qui est amusant, c’est que les amateurs de théâtre qui ne me connaissaient pas disent maintenant vouloir venir à mes « one man show » !…
Pas tellement. Les gens qui viennent à mes « one man show » ne viennent pas au théâtre. Il y a beaucoup de gens qui viennent voir Jean Marie Bigard se faire coincer… Ce qui est amusant, c’est que les amateurs de théâtre qui ne me connaissaient pas disent maintenant vouloir venir à mes « one man show » !…
Vous préparez un prochain spectacle…
Dans ce show « mon Psy va mieux » qui commencera en septembre, je vais aller encore plus loin, dire des choses encore plus profondes, encore plus intimes et je vais faire une thérapie de groupe de mille personnes tous les soirs !
Mots-clefs : Jean-Marie Bigard

